vendredi 21 avril 2017

Copié / collé


D’après Le Canard enchaîné du 19 avril 2017, François Fillon a embauché Joseph Macé-Scaron pour muscler ses discours. Dans une vie antérieure, l’écrivain et journaliste fut convaincu de multiples plagiats (voir ici). En lettré, il se plaça sous l’autorité de Lautréamont et de Montaigne, qui eux aussi copiaient des citations, mais avec la candeur de nommer les auteurs des originaux. Il invoqua la notion d’intertextualité analysée par Gérard Genette dans Palimpsestes : on y chercherait vainement un chapitre sur le plagiat, qui n’est ni l’imitation ni la transformation d’un texte antérieur, mais un vol pur et simple, et comme tel puni par la loi. Joseph-Macé Scarron ne fut pas inquiété, et il resta quelque temps à la tête du Magazine littéraire. Que le parti LR se rassure cependant : rédigeant les discours de François Fillon, cette plume mercenaire ne risque pas d’ajouter aux chefs d’inculpation du candidat celui de plagiat, puisque son programme ressemble déjà en bien des points à un copié/collé d’un programme voisin.

Comment composer un gouvernement idéal ? Des chevaux de retour ? Des représentants de la société civile ? Des experts a-politiques ? L’amie D. me rappelle que le gouvernement Mauroy de Mitterrand était composé de Cresson à l’agriculture, Delors aux finances, Deferre à l’intérieur, Le Pensec à la mer. Peut-être faudrait-il généraliser la pratique des aptonymes, garants des aptitudes et des compétences, et susceptibles de rassembler tous les Français.

samedi 15 avril 2017

Politique


Le candidat demande à pouvoir « dérouler » sa proposition sans être interrompu. Voilà qui nous remet en mémoire cette publicité pour une marque de papier toilette, dans laquelle on voyait un enfant tirant en continu sur le rouleau blanc.

Prendre ses responsabilités : expression favorite d’un irresponsable politique s’adressant sur un ton solennel à un autre irresponsable.

Moi, Président…, quinze fois. On sait depuis ce qu’est une anaphore. Je me retirerai si… / Je ne me retirerai pas, bien que... J’ai commis des erreurs. / Je n’ai pas commis d’erreurs. Cela s’appelle une palinodie. Toujours plus dégoûtés de la politique, les Français font au moins des progrès en rhétorique.

Le Revenu universel d’existence s’abrège en RUE. Ainsi, tous les Français seront à la RUE. Il deviendra ensuite le Revenu universel temporaire.

Manuel Valls a payé très cher des sondages d’image, pour savoir comment les Français percevaient ses oreilles dissymétriques, une gauche collée, une droite décollée. La suite a prouvé que la position de ses oreilles, gauche et droite, anticipaient son avenir politique

jeudi 6 avril 2017

Courroux en Guyane


« Il serait facile, aisé de céder à la facilité », a dit le premier ministre. La presse écrite, charitable, a supprimé « facile », qui faisait pléonasme. Pourtant, c’était plus clair.

« Pou La Gwiyann dékolé. »
Ils ont raison de revendiquer : construction d’écoles urgente.

Ils ont eu le bagne.
Ils ont la fusée Ariane.
Pourquoi donc ce courroux ?
(Il est facile de céder à la facilité.)

On verrait bien dans le programme de quelque candidat, ou candidate, la réouverture du bagne de Cayenne, pour délinquants des territoires d’Outre-mer et autres, dans le but d’assurer le développement économique du département français n° 973.

Ses conseillers ont dit à la ministre des Outre-mer que les Primitifs aimaient les images fortes, les expressions toutes faites. Alors, elle veut « graver dans le marbre » les accords. C’est encore un matériau de riche.

Macron prend la Guyane pour une île. Ah non, il voulait parler de l’île de Cayenne. À ce compte, Paris aussi est une île, et même deux.

« La fusée Ariane restera au sol tant que la Guyane ne décollera pas. » Génie du « peuple guyanais », comme dirait la ministre (laquelle aurait pu ajouter « Vive la Guyane libre ! »), qui a le sens de la métaphore mobilisatrice. Ariane Espace pensait être tranquille en implantant la rampe de lancement chez les Sauvages. Mais voilà que tant de milliards tirés en l’air donnent des idées aux pauvres. Ils veulent des retombées, pas seulement la pollution et les débris.

dimanche 2 avril 2017

L’allégorie de l’écrivain et du politique


S’il était possible de tenir pour négligeables les personnalités de Christine Angot et de François Fillon, on pourrait voir dans leur face-à-face télévisé du jeudi 23 mars sur France 2 une allégorie de la rencontre ratée, toujours ratée, entre l’écrivain et le politique.

L’écrivain arrive avec un texte écrit, bien écrit mais mal lu. Il n’a pas le don de l’improvisation, ni de la répartie. Écrire, c’est le contraire de parler. Le politique sait parler, il ne sait faire que cela, d’ailleurs, parler en public. Son pouvoir se confond avec la maîtrise de la parole. Il parle haut, fort et distinctement. On lui a préparé des fiches mentales, des éléments de langage. L’écrivain bredouille, bafouille, il fait des brouillons oraux. « C'est déjà tellement difficile de parler. C’est à ça que sert la littérature, parce qu'on ne peut pas parler avec des gens comme vous. »

Le politique s’épanouit dans le débat, faux débat, préparé, sans écoute, mais il installe un semblant de dialogue. L’écrivain monologue. « Ce n’est pas un dialogue », dit-elle. La vérité de sa parole est en quelque sorte verticale, ciel des idées et profondeur des tripes. La parole politique est horizontale, comme un jeu de raquettes truqué.

L’écrivain est hystérique. Il exprime des émotions, parle avec son corps. Il somatise la violence du corps social. Le politique s’est dressé à la répression des sentiments. Il feint d’être le porte-parole d’une société sans violence. Comme l’État, c’est un monstre froid. Quand il s’échauffe, « fend l’armure », comme on dit, c’est pour la galerie.

Le politique a un public avec lui, pour lui, des soutiens physiquement présents, qui applaudissent, conspuent, insultent. L’écrivain est seul. Ses lecteurs ne sont pas ses électeurs.

À la fin, c’est le politique qui gagne à court terme, et l’écrivain à long terme.

mardi 28 mars 2017

Pourquoi Marine Le Pen sera élue présidente


Parce que les sondages sont très en dessous de son score, en raison de la ruse de ses électeurs, qui trompent les sondeurs en répondant à côté, non par honte de leur vote, mais pour niquer la Sofres.

Parce qu’elle a ramassé par terre les débris que la droite a laissé tomber (la patrie, la nation) et les valeurs abandonnées par la gauche (le peuple, les services publics de proximité).

Parce que François Fillon, pilote suicidaire, a préféré son crash à la victoire de son parti.

Parce qu’elle est la seule, avec Mélenchon, à parler une langue claire, simple et imagée, les autres décourageant le peuple par l’abstraction.

Parce que les gens l’appellent Marine.

dimanche 19 mars 2017

Actualités


Certains lecteurs de fiction, formés par Balzac, se plaignent que les romanciers actuels, héritiers du Nouveau Roman, ne savent plus mener un récit. Qu’ils écoutent le procureur François Molins raconter l’attaque terroriste à Orly. Un chef d’œuvre de narration à la seconde près, avec des temps du passé, un minutage, la description précise des gestes, la citation des paroles entre guillemets. Du réalisme comme on n’en fait plus.

Un journaliste : « Un terroriste a tenté de dérober son arme à un policier. L’homme a été abattu. Il n’y a pas de victime. »

Dans le programme d’Emmanuel Macron, rapporté du marché ce dimanche, deux propositions me plaisent : le droit à l’oubli pour les malades et le droit à l’erreur pour tous : les fraudeurs « pourront faire valoir leur droit à l’erreur et ne plus payer de pénalité ». Quant au droit à l’oubli pour les personnes malades, il ne s’agit pas d’autoriser les malades d’Alzheimer à perdre la mémoire, mais de ne pas déclarer ses maladies passées aux assurances. Il fallait y penser.

samedi 11 mars 2017

Existence


Recroquevillés pendant neuf mois dans un ventre ; et après on s’étonne que les humains aient du mal à se tenir debout dans la vie.

L’alarme Verisure « vous procure un sentiment de sécurité ». On serait trop exigeant si on en demandait plus.

Aux USA, les condamnés à la peine capitale attendent l’exécution dans les couloirs de la mort. Il serait plus humain de les faire patienter dans l’antichambre.

Je n’ai jamais été victime de pollinose, mais depuis que je sais que le pollen est le sperme des plantes, j’appréhende l’arrivée du printemps.

Ce mendiant qui demande « un euro à manger », as-tu remarqué comme il est suppliant le matin, agressif quand vient l’heure de midi, et complétement abattu le soir ? Pas très différent de ceux qui ne tendent pas la main, finalement.