samedi 21 janvier 2017

Trump for President


Walt Disney s’est trompé dans le casting de sa dernière production : au lieu de Donald, il a mis un Mickey.

Pendant quatre ans, les anti-américains primaires n’auront plus à se faire passer pour des anti-américains secondaires.

Les mêmes journalistes qui n’avaient rien vu venir ont ensuite expliqué que Trump n’appliquerait pas son programme. Encore raté.

Comme tous les bouffons de théâtre, il arrive à celui-ci de dire des vérités qu’on aurait préféré ne pas entendre.

Comment expliquer à des esprits simplistes que la réalité est complexe, avec des idées qu’ils peuvent comprendre ?

La présidence de Trump sera une chance pour les analystes du discours politique. Le président produira pendant son mandat plus de figures de rhétorique que les quarante-quatre présidents précédents. Sa notion de « truthful hyperbole » (hyperbole véridique) repousse déjà les limites de l’oxymore.

Avec un président caricatural, les caricaturistes se retrouveront au chômage : il sera difficile d’en rajouter pour accentuer le trait.

À mesure que les US se renfermeront dans leurs frontières, la frontière entre réel et fiction, erreur et vérité, n’aura jamais été aussi poreuse, et en perpétuel déplacement.

mardi 17 janvier 2017

La politique du tweet


La politique se fait désormais par des tweets de 140 caractères. « Je déclare la guerre à… » : il reste encore de l’espace pour indiquer la cible. Fini les discours, les lettres diplomatiques, et les notes de synthèse. Mais il y a des antécédents célèbres dans l’Histoire : Veni, vidi, vici ; la Dépêche d’Ems, très condensée ; et le mot de Cambronne à Waterloo, qui tenait en cinq caractères.

L’agression vis-à-vis des journalistes est devenue un exercice obligé de la part des intellectuels et des politiques : Bourdieu ne les ménageait guère, aujourd’hui Onfray, et tous les candidats aux primaires, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par Fillon. Le spectateur-électeur, qui n’accorde guère de crédit aux journalistes, applaudit de les voir bousculés, jusqu’à flairer la posture, celle qui est censée plaire à l’électeur et rapporter des voix. Les coups qu’on se porte au Théâtre de Guignol n’amusent que les enfants.

Le « plafond de verre » ? Mais pourquoi veulent-ils tous le « crever » ? Ils risquent de se couper, et d’être mouillés s’il se met à pleuvoir.

dimanche 8 janvier 2017

Les beaux yeux de la biche


« T’as de beaux yeux, tu sais », « Ma biche ». Deux actrices disparaissent, Michèle Morgan, Claude Gensac, et pour toute nécrologie on ne trouve à citer qu’une réplique prononcée par un de leur partenaire masculin. Misère du « deuxième sexe » au cinéma. Ces yeux-là n’ont pas eu la parole, et la biche a été tuée par le chasseur.

Les sondeurs politiques se sont trompés, s’excusent-ils, parce que les résultats se trouvaient « dans la marge d’erreur ». C’est un peu comme la vie : la possibilité de son apparition et de sa disparition est toujours « dans la marge d’erreur ».

De temps en temps, il faudrait pouvoir se quitter quand on ne se supporte plus, avec toutefois la certitude consolante de se retrouver le lendemain au réveil, après une bonne nuit.

vendredi 30 décembre 2016

Actualité, mauvaises pensées II


La CIA a tenté d’assassiner Fidel Castro 638 fois. Des amateurs.

Fumer tue, mais fumer le cigare conserve : Churchill, Castro.

Voici des films engagés qui ne laissent pas indifférents : La loi du marché, Merci patron, Moi Daniel Blake. On en sort émus aux larmes, révoltés, et on se dit : « Ça ne peut plus durer comme ça, c’est insupportable. » Et le lendemain, après une bonne nuit, s’il arrive qu’on y repense : « Oui, mais qu’est-ce que je peux faire, à mon niveau ? » On continuera à supporter, jusqu’au prochain Ken Loach. Mais il se fait vieux.

lundi 26 décembre 2016

Actualité, mauvaises pensées


Les boîtes noires diront peut-être si la Chœur de l’Armée rouge a chanté jusqu’au dernier moment, comme l’orchestre du Titanic.

Le médecin de Michel Polnareff a vu ses fesses (comme nous, en 1972), et aussi ses yeux sans lunettes (mais nous, toujours pas).

Le missile appelle un antimissile, l’antimissile un bouclier antimissile, et le bouclier antimissile un supermissile capable de le perforer. Les alpinistes n’ont pas encore atteint le sommet de leur escalade.

Triste ETA(T) : rien ne ressemble plus à un terroriste lourdement armé qu’un militant pacifiste venu détruire son arsenal : tous les deux sont trouvés en possession d’armes.

mardi 20 décembre 2016

Christine Lagarde


En décrivant les cheveux de Christine Lagarde, Balzac aurait pu refaire le portrait du père Grandet : ils sont argentés.

Quand il a lu le jugement de la Cour d’Injustice de la République concernant la Présidente du FMI, son prédécesseur DSK a protesté que lui aussi pouvait se prévaloir d’une « réputation nationale et internationale » pour éviter la condamnation.

Christine Lagarde, c’est bien elle qui a inventé l’expression de « croissance négative » et qui a émis l’idée d’organiser des soldes toute l’année pour juguler la crise économique ? Tout s’explique.

lundi 12 décembre 2016

Automne


La troisième saison inspire, plus que le printemps (trop précoce), plus que l’été (trop violent), et plus que l’hiver (quatrième âge).

Automne / monotone : rime pour l’oreille et pour le sens.

Quand on est jeune, on se récite du Chateaubriand (« au sourd mugissement de l’automne »), du Baudelaire (« C’était hier l’été, voici l’automne »), du Verlaine (« Les sanglots longs »), de l’Apollinaire (« Mon automne éternel, ô ma saison mentale »). Et puis, il arrive un âge où l’on prend garde de ne pas glisser sur les feuilles mortes.

« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. » Mon voisin objecte qu’on ne ramasse pas les feuilles mortes avec une pelle, mais avec un râteau ou un souffleur-aspirateur. Prosaïquement, il n’a pas tort, mais comme il débite des sottises à la pelle, je me dis qu’au figuré, il n’a peut-être pas raison.

L’exposition « Spectaculaire Second Empire », au Musée d’Orsay, se termine par un tableau de James Tissot intitulé L’impératrice Eugénie et le prince impérial dans le parc de Camden Place. La fête impériale est terminée, l’Empereur est mort, la veuve et son fils posent, en exil, dans un parc saturé d’automne, où tout est couleur de rouille, les feuilles restées sur les branches, les feuilles au sol, et même ce tapis de salon, couleur rouille aussi, absurdement déroulé sur le tapis de feuilles pour protéger les pieds impériaux, le tout baigné dans la mélancolie douce d’une fin d’époque.