vendredi 2 décembre 2016

Moi, non président


En annonçant son suicide politique en direct, le Président s’offre le plaisir rare d’entendre de son vivant toutes les paroles hypocrites qu’on réserve en général pour les oraisons funèbres. Mais comme il n’est pas encore tout à fait mort, les ennemis continuent à tirer sur l’ambulance.

Pendant cinq mois, le Président va continuer à régner, à titre posthume.

« D’une voix blanche », disent les commentateurs. C’était plutôt la chemise.

On ne peut tout à fait exclure un scénario-surprise : de décembre à mai, François Hollande, libéré des contraintes, va montrer de quoi il aurait été capable s’il avait été un vrai Président de gauche. Du coup, le moral des ménages remonte, l’économie repart à la hausse, le chômage à la baisse, et la cote de popularité atteint des sommets. Cédant à la pression du peuple, le Président peut-il faire autrement que revenir sur sa décision ?

samedi 26 novembre 2016

Le flou et le loup


Que faire du poster de la vieille bicyclette tenue par une toute jeune fille en robe virginale et en chapeau à rubans, posant mélancoliquement devant une meule de foin ?

Peut-être bien que les messieurs d’un certain âge qui regardaient ces photos ont rêvé de viol, en admirant le photographe d’être aussi chaste.

Si c’était flou, c’est qu’il y avait un loup.

jeudi 10 novembre 2016

US et coutumes


Trump : prononcé à la française, on entend trempe (il va en prendre une), trompe, trompé, trompette. Mais en anglais, le mot signifie atout. Ce qui change la mise, et modifie la donne.

Les journalistes et les sondeurs qui n’ont rien vu venir sont les mêmes qui aujourd’hui expliquent pourquoi ils n’ont rien vu venir. Ils ont sous-estimé la colère.

La colère est un mot rassurant. Elle s’apaise aussi vite qu’elle éclate. Ce sont les enfants qui piquent des colères, ça passe. Les colériques sont risibles, par perte momentanée de contrôle. Le mot infantilisant cache la chose : le désespoir, la violence des abandonnés, la radicalité de ceux qui, vivant dans le chaos, accélèrent le mouvement de destruction.

On regarderait presque avec sympathie, ou empathie comme on dit aujourd’hui, les opposants au système, à la corruption des élus et à la cooptation des élites, à la mondialisation, au libéralisme ultra, mais pourquoi faut-il que ces bonnes gens soient dans le même temps racistes, xénophobes, sexistes, homophobes, nationalistes, etc. ?

Il paraît que les petits blancs craignent le sort du sucre : la dissolution dans le café noir. La solution serait d’utiliser du sucre de canne, mais il est encore produit par une majorité de Noirs.

Maçons du monde entier, réjouissez-vous : un mur entre l’Atlantique et le Pacifique, c’est le plus grand chantier depuis le mur de l’Atlantique, créateur d’emplois. Même les maçons mexicains pourront se présenter au bureau d’embauche, pourvu qu’ils restent du bon côté pour construire le mur.

vendredi 4 novembre 2016

Pompéi


Le 24 août 69 après J.-C., au matin, il s’est trouvé un Pompéien oisif pour bailler en se demandant comment il pourrait tuer cette putain de journée.

Lors de la prochaine éruption du Vésuve (certaine à 80% au cours du XXIe siècle, dit le guide), il y a de fortes probabilités que des touristes seront en train de visiter les ruines de Pompéi.

Cave canem : à l’entrée de la maison du poète tragique, la mosaïque du chien ne mord plus.

Dans une vitrine, un pain carbonisé. Pourtant, le boulanger surveillait la cuisson.

Un enfant a cherché refuge au creux du ventre de sa mère, elle-même en position fœtale.

lundi 24 octobre 2016

Politique, mauvaises pensées


Ce ne sont pas les terroristes qui ont inventé le téléphone qui explose, mais un grand groupe industriel.

Un homme politique en campagne termine sa présentation en parlant de ses cicatrices. C’est inattendu, et pas mal pensé : on sent le vieux soldat aguerri, l’homme d’expérience, les blessures guéries, le souvenir des souffrances passées qui ne laissent pas de ressentiment. Les plaies eussent provoqué du dégoût et de la pitié. Les cicatrices suscitent l’admiration et le respect.

Un policier manifestant et un journaliste :
— Maintenant, il faut que la peur change de camp.
— Alors, vous avez peur ?
— Non ! Enfin, oui.

Lobbies : comment sont-ils encore autorisés ? Au Parlement européen : 3.000 lobbies, 20.000 lobbyistes pour 15.000 fonctionnaires.

Pas un journaliste bien informé, pas un lexicographe pour expliquer, après la déclaration de Jean-Frédéric Poisson, que « sioniste », dans l’expression « lobbie sioniste », a un sens politique, idéologique et religieux, et non racial.

dimanche 23 octobre 2016

Contradictions politiques


Un bon flic. « J’ai embrassé un flic », celui qui, dans la chanson, rime avec sympathique et pacifique, le flic tombé le jour de Charlie, le flic qui protège. Mais c’est le même qu’on a envoyé dans les défilés contre la loi travail. Alors, forcément, flic s’est remis à rimer avec trique, et le bon flic des slogans n’est pas un flic vivant. Foutue loi travail, qui a fatigué la police en la séparant du peuple.

Se désoler de la dépolitisation de ceux qui ne vont plus voter, et tourner en dérision Nuit debout.

Souhaiter la disparition des syndicats (ne représentent plus rien, bloquent les réformes, rendent la France ingouvernable, prennent les Français en otage, etc.), et les convoquer dès qu’ils sont débordés par leur base, dans les conflits durs, en se plaignant qu’ils ne contrôlent plus les travailleurs.

samedi 22 octobre 2016

Plus léger


Dernier message envoyé par la sonde Rosetta, vingt secondes avant de s’écraser sur la comète Tchouri : à quoi ça sert de m’avoir envoyé dans le cosmos, si c’est pour m’y suicider ?

Il commençait toutes ses phrases par C’est vrai que, et il les terminait par voilà, voilà. Mais , on ne voyait rien. Quant à savoir si c’était vrai.

Le vieux disait que le soleil éclairait moins, à mesure que sa vue baissait.